Mlle tout le monde : Sandra Sassine, pro de l’escrime !
Être une athlète olympique, ce n’est pas de la tarte! Heures d’entraînement innombrables, stress élevé, recherche de financement, vie sociale souvent négligée, risque d’accidents et dans le cas d’une défaite, faire preuve d’une détermination hors normes pour continuer à cheminer. Depuis qu’elle a six ans, Sandra Sassine pratique l’escrime. Vingt-six années à manier le sabre et à persévérer, sous les yeux admiratifs des ses parents, eux aussi, escrimeurs réputés. À quelques semaines de la fin des Jeux Olympiques de Londres, où Sandra Sassine s’est malheureusement fait éliminer dès son premier combat, elle nous parle de ses impressions. Entretien avec une battante.
Par Géraldine Zaccardelli
Mlle: Parlez-nous un peu de l’ambiance des J.O.?
Sandra Sassine: La cérémonie d’ouverture était incroyable. La foule était démente. Je n’avais jamais ressenti une telle émotion si puissante. La levée de la torche olympique a été un moment très fort aussi. Tous les athlètes canadiens étaient fiers d’être là.
Mlle: Parlez-nous de votre performance?
S.S.: Ma compétition ne se déroulait que cinq jours après l’ouverture des Jeux. Le stress était à son summum. Je voyais des coéquipiers perdre certains combats. Et aux J.O. ça ne pardonne pas: un combat contre un joueur plus qualifié et si on le perd, c’est terminé.
Le jour J venu, j’étais en forme et très positive. Je savais cependant que je n’avais jamais gagné contre la Polonaise que j’allais affronter. Malgré cela, mon désir de réaliser mes cinq combats et de mener ma compétition jusqu’au bout prenait le dessus.
Malheureusement, mon combat n’a duré que dix minutes… et j’ai perdu. Éliminée ! Ça a vraiment fait mal de terminer mes J.O. si rapidement…
Mlle: Après tant de préparation cela doit être, en effet, extrêmement difficile à accepter…
S.S.: Nous sommes préparés à affronter de telles défaites, mais lorsque cela arrive vraiment, on vit un sentiment de déchirure. J’avais mal à l’intérieur. Heureusement ma famille et mon conjoint étaient présents. Je les ai vus dans les estrades et me suis souvenue qu’il y avait autre chose dans la vie.
Mlle: Que se passe-t-il dans ce cas là pour un athlète?
S.S.: Les athlètes canadiens ont la possibilité de rester jusqu’à la fin. J’ai donc décidé de mettre de côté mon ressentiment et de profiter de chacun des moments. Puis, ne serait-ce que pour la cérémonie de fermeture et pour créer des liens avec les autres athlètes, il fallait rester. J’avais travaillé si fort pour m’y rendre.
Mlle: Votre deuil de ce combat est-il fait ?
S.S.: Non. La plaie n’est ni refermée, ni cicatrisée. Cela fait plus de quatre ans que je me prépare pour cet évènement. Ce n’est pas en quelques semaines qu’on s’en remet.
Mlle: Vous aviez parlé de mettre un terme à votre carrière. Comptez-vous toujours le faire?
S.S.: J’aimerais m’offrir une année de transition en participant à des championnats de Coupe du monde. Parallèlement, je compte terminer mon baccalauréat en enseignement de l’éducation physique et continuer mon travail d’ambassadrice pour la Banque RBC. Je donne des conférences dans les succursales, mais aussi dans les écoles pour parler aux jeunes et leur dire que c’est possible de rêver, mais qu’il faut travailler fort.
Mlle: D’un point de vue plus intime, qu’est-ce que vous aimez le plus dans la pratique de l’escrime?
S.S.: L’escrime est un sport d’éternel apprentissage, mais ce que je préfère, c’est le fait de déjouer! Mener une attaque, mais en développer totalement une autre.
C’est aussi un sport tout en puissance et en finesse, permettant une multitude de variations. J’adore ce sport et je sais que je vais le pratiquer toute ma vie !

Mlle: Votre père est votre entraîneur et est également un grand escrimeur. Quelle est votre relation avec lui?
S.S.: Plus jeune, c’était difficile car nous avons un même caractère très fort. Mais aujourd’hui nous avons trouvé notre façon de faire: se le dire quand ça ne va pas. Ma mère est aussi entraîneur d’escrime et joue un beau rôle d’intermédiaire entre nous!
Mlle: En tant qu’athlète, la vie sociale prend-elle un coup?
S.S.: J’ai eu la chance d’avoir un amoureux qui connaît la réalité du sport de haut niveau pour en avoir fait lui- même. Il s’est toujours montré très présent, encourageant et compréhensif. Cela a créé une immense différence car il m’a toujours épaulé. Nous fêterons nos treize ans bientôt.
Du côté des amitiés, j’ai raté beaucoup d’anniversaires et d’accouchements, mais j’ai des amies de longue date qui sont très compréhensives.
Mlle: Avez-vous déjà voulu abandonner votre carrière?
S.S.: En 2004, je ne me suis pas qualifiée pour les J.O. d’Athènes. J’ai énormément douté. Puis, j’ai décidé de changer ma façon de faire et me suis entourée d’une équipe. Je ne voulais plus faire le tour du monde en solitaire.
À nouveau avant les J. O. de Pékin en 2008, j’y ai pensé. Mais après avoir goûté à une telle expérience, je voulais y retourner.
Mlle: De quoi êtes-vous le plus fière ?
S.S. : Ma qualification pour mes deuxièmes jeux. J’ai eu une commotion cérébrale il y a un an et demi et j’ai été au repos pendant huit semaines, deux mois avant le début de la qualification. Cela a été effrayant. Au pire de ma forme, je commençais les qualifications! Et donc d’avoir réussi à me classer, c’était incroyable!
Mlle: Sentez-vous que vous avez réalisé quelque chose d’extraordinaire ?
S.S.: Je me sens extrêmement chanceuse, mais d’un autre côté cela prend énormément de persévérance et de détermination. J’ai aussi rapidement appris que même si on travaille très fort, et qu’on donne tout, ce n’est pas nécessairement la victoire qui est au bout. Le chemin qu’on parcourt est le plus important et il faut en apprécier chaque moment.
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