Mlle tout le monde: Danièle Henkel, une vraie dragonne
Danièle Henkel est une dragonne. À l’émission de Radio-Canada, mais aussi dans la vie. Son incroyable parcours professionnel et personnel témoigne de la détermination et de l’audace qui l’habitent.
D’origine marocaine, grandissant en Algérie et fuyant les tensions politiques, elle immigre au Québec en 1990 avec son mari et l’un de ses quatre enfants. L’adaptation n’est pas facile. Après avoir travaillé plus de dix ans comme conseillère politique et économique de l’ambassadeur des États-Unis en Algérie, elle doit tout reconstruire ici. Portrait d’une battante; celle à la tête des Entreprises Danièle Henkel.
Par Géraldine Zaccardelli
Mlle: Parlez-moi de votre arrivée ici?
Danièle Henkel: Nous sommes arrivés au beau milieu d’une nuit glaciale de janvier, en chaussures de ville, dans ce pays inconnu. Nos bagages avaient été perdus et nous ne savions où aller.
Quelques jours plus tard, j’ai eu 34 ans. Nous avons célébré mon anniversaire en mangeant dans des casseroles, assis sur des boîtes de carton. Je pleurais comme une Madeleine en me demandant «qu’est-ce que j’ai fait?».
Mlle: Et qu’avez-vous fait justement?
D.H.: J’ai ouvert le journal et j’ai regardé les offres d’emploi. Je me suis aussi rendue aux rencontres préprogrammées au consulat américain, grâce à mon ambassade, mais le travail très administratif n’était pas pour moi. J’ai remercié mes hôtes et suis partie en renonçant à cet emploi, au grand damne de mon mari.
Puis, j’ai cherché, cherché encore et passé de nombreuses entrevues. Cela a été extrêmement difficile. Malgré ma feuille de route professionnelle, on me proposait des emplois peu intéressants et mal payés. On me reprochait de ne pas avoir d’expérience locale.
Si j’avais choisi le Québec, c’était pour sa langue française et ses valeurs. Or, je me suis vite rendue compte que si nous ne parlions pas l’anglais, cela était ardu de trouver un bon emploi. Mon mari ingénieur et ancien P.D.G. s’est retrouvé vendeur dans une boutique…
Mlle: Il fallait vraiment y croire pour continuer …
D.H.: Il fallait avoir un tempérament coriace pour avancer. Je me suis déjà demandé: «Avoir su, aurais-je pris la même décision?» Avec le recul, je réalise que je ne veux pas le savoir! Je ne me pose pas de question, je fonce.
Mlle: Puis, le gant renaissance a vu le jour. On peut dire qu’il a été le point de départ de toute votre entreprise.
D.H.: En arrivant ici, je me suis demandée comment il se faisait que je ne trouvais pas de quoi m’exfolier! Geste quotidien pour moi! J’ai donc fait réaliser mes premières études de marché. On m’a dit que mon produit ne passerait pas. Je leur ai répondu: «Regardez-moi bien aller!».
Depuis quinze ans, grâce à nos services spécialisés et personnalisés, des milliers de centres d’esthétiques ont vu le jour. Plusieurs entrepreneurs ont pu concrétiser leur rêve d’être en affaires, et ce, peu importe leur budget initial. J’ai remporté mon pari!
Ma fierté est de dire: «Si vous avez envie de vous lancer en affaires, venez me voir!»
Mlle: Quel serait le meilleur conseil que vous donneriez à une jeune entrepreneure?
D.H.: De se préparer à des combats journaliers. D’aimer inconditionnellement la voie qu’elle a choisie et de ne jamais douter. De se faire confiance et d’avancer. D’user d’ingéniosité, car il y a toujours une solution.
Mlle: Vous avez été approchée pour participer à l’émission dans« L’œil du dragon.» Comment vous êtes-vous sentie? Racontez-nous !
D.H.: Pour dire la vérité, je ne connaissais pas cette émission Dragons’den dont s’est inspirée l’adaptation québécoise. Les gens qui sont venus vers moi m’ont fait visionner quelques épisodes. Je dois avouer que j’ai trouvé le style très cavalier. Mais on m’a assuré que la version québécoise serait tout autre.
Je me suis donc embarquée dans le processus de sélection en me disant que je ne serais jamais prise; je n’avais jamais fait de télé, je ne suis ni une sommité, ni connue du grand public. Mais pourquoi ne pas tenter ma chance? Par nature, je ne sais pas baisser les bras.
Le processus a duré environ deux mois et à chaque étape, on me rappelait. Au moment de l’étape ultime, nous étions cinq: trois hommes et deux femmes. Or, il y avait un autre groupe compétitif comprenant une femme et quatre hommes. Sans aucune préparation, on nous a fait rencontrer des entrepreneurs. Nous vivions l’expérience du projet pilote. On observait nos interactions. À la fin de l’enregistrement, j’étais tellement vidée! Je suis allée manger une bouchée avec mon conjoint. Au moment où je me suis assise, mon téléphone a vibré et j’ai su que j’étais… une dragonne! Je ne réalisais pas!
J’ai réellement pris conscience de tout cela, lors de la conférence de presse et du premier visionnement. Lorsque je me suis vue pour la toute première fois sur grand écran, et qu’en même temps j’ai vu tous ces médias, j’ai crié «Maman!» dans ma tête. J’ai alors compris qu’on allait me décortiquer et m’analyser et j’ai eu peur!
Mlle: Aujourd’hui, quel premier bilan dressez-vous?
D.H.: C’est magique! Je vis un échange et un partage incroyables avec les auditeurs et les invités. Je me suis même mis à «twitter» et ce contact direct avec eux m’enrichit et me ravit !
Mlle: Comment envisagez-vous l’avenir ?
D.H.: Je veux m’assurer que cette entreprise fondée avec l’aide de mon équipe et de ma famille perdure et qu’elle accomplisse sa mission de mener l’industrie esthétique à un niveau supérieur. La compétition est devenue féroce, mais banale. Les entreprises ne cherchent plus la qualité, mais le maximum de bénéfices et c’est, malheureusement, le consommateur qui écope et endommage sa santé. Je veux amener les gens à réfléchir et à être conséquents vis-à-vis leurs choix.
Je souhaite aussi pouvoir continuer d’offrir à des femmes (et des hommes) de choisir leur avenir et d’évoluer professionnellement dans un domaine qu’ils aiment!
Mlle: Sentez-vous que vous réalisez quelque chose d’extraordinaire ?
D.H.: Oui! Très humblement et je le sais, car les résultats sont concrets. J’ai permis à des milliers de compagnies, aujourd’hui florissantes, d’exister ayant appliqué nos conseils et protocoles et promulguant le savoir transmis.
Pour en connaître plus sur la Société de bien-être de Danièle Henkel
Les chorniques Mlle tout le monde sont publiées chaque vendredi!
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