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Mlle tout le monde: Le deuil périnatal, une affaire de couple!

Le 10 janvier 2012, à quelques jours de la date prévue de son accouchement, Marie-Pierre Dubé donnait naissance à la petite Kethsana: un bébé dont le petit cœur ne battrait plus jamais… Une mort périnatale. Le plus beau jour d’une vie se transforme en insoutenable cauchemar. Un deuil extrêmement difficile à vivre pour les futurs parents. Or, dans une telle situation et selon le R.Q.A.P. (Régime Québécois d’Assurance Parentale), seule la mère a droit à son congé de maternité de dix-huit semaines. Le père, lui, a quelques jours.

Par Géraldine Zaccardelli

 

Peu de temps après l’accouchement, la jeune maman de 26 ans et son conjoint Kunthy ont décidé de se battre pour corriger la situation: le père mérite aussi un congé décent! Ils lancent une pétition et recueillent, en deux mois, plus de 12 000 signatures. La députée Carole Poirier se saisit du dossier et les accompagne à l’Assemblée Nationale, où ils déposent le butin le 17 avril dernier.

 

Mlle: Vous avez remis votre pétition, il y a moins d’un mois. Où en est le dossier?

Marie-Pierre Dubé: Malheureusement, le jour du dépôt, Tony Arcurso s’est fait arrêter. Disons que notre point de presse n’a pas eu l’impact escompté! Nous attendons toujours que les parlementaires se saisissent du dossier, mais cela ne devrait pas tarder.

 

Mlle: Votre militantisme ne vous replonge pas trop dans de douloureux souvenirs?

M.-P.D.: La situation en tant que telle est difficile. Mais si j’ai décidé de m’impliquer, c’est que je m’en savais capable. Grâce à l’ordinateur, cela se faisait facilement de chez moi. Nous y pensions beaucoup, mais ça valait le coup.

 

Mlle: Pourquoi menez-vous ces actions?

M.-P.D.: Le but ultime de notre démarche est de faire circuler l’information et de briser les tabous sur le deuil périnatal. En côtoyant d’autres parents ayant vécu le même drame, nous nous sommes rendus compte à quel point les préjugés à l’égard du deuil périnatal étaient durs et nombreux. Plusieurs croient que c’est un chagrin moins important à vivre car nous n’avons pas connu «notre» bébé. Les gens sont aussi peu informés et ne savent pas que cela est fréquent.

 

Mlle: On parle d’une grossesse sur cinq qui n’arriverait pas à terme?

M.-P.D.: Oui, environ vingt pourcent des grossesses n’arrivent pas à terme. La majorité est considérée comme des fausses couches, c’est-à-dire, avant vingt semaines de grossesse. C’est environ six ou sept pourcent des cas, qui n’aboutissent pas, après vingt semaines. On parle aussi de décès périnatal dans le cas où le nourrisson décède, après quelques jours de vie.

 

Mlle: Votre conjoint et vous n'avez pu bénéficier du même congé parental?

M.-P.D.: Dans mon cas, j’avais déjà pris deux mois de mon congé avant d’accoucher, il me restait donc seulement dix semaines. J’ai tenté un retour au travail, mais cela a été trop pénible de reprendre une vie «normale». J’avais besoin de plus de temps. Depuis, je suis en arrêt de travail. Pour mon conjoint, les normes du travail prévoient deux à cinq jours de congé dans le cas d’un mort périnatale, mais tout dépend du moment où cela survient. Si l’accouchement se déroule le lundi, la semaine est offerte. Or, s’il survient le vendredi, les deux jours de la fin de semaine sont comptabilisés et il faut retourner au travail, le lundi.

Mon conjoint a été forcé de prendre un mois à ses frais. Il n’avait pas d’assurances, donc pas de compensation financière et la R.Q.A.P. ne verse pas de congé de paternité. Cependant, dans le cas d’une grossesse à terme, le père a droit trois ou cinq semaines, selon le choix du régime.

 

Mlle: Selon vous pourquoi la R.Q.A.P. offre si peu de congés au père?

M.-P.D.: Pour motiver le congé de paternité, le R.Q.A.P. explique que ce temps servira à s’occuper de l’enfant. Dans le cas où il y la mort du nourrisson: pas d’enfant, pas de congé! Si j’ai pu garder mes dix-huit semaines de congé, c’est que selon le R.Q.A.P., il fallait que je me remette physiquement. Or, le congé est plutôt pour se remettre psychologiquement. Si on force l’homme à retourner travailler, il ne peut pas se remettre du deuil de futur père, en plus de ne pas pouvoir soutenir sa conjointe.

Notre action vise à assurer le bien-être de la mère, du père, mais aussi du couple. Qu’ils puissent  vivre «ensemble» le deuil de «leur» enfant.

 

Mlle: Songez-vous à avoir d’autres enfants?

M.-P.D.: Oui. Nous n’avons pas perdu espoir. Il est évident que la prochaine grossesse sera stressante, mais cette douloureuse expérience ne nous empêchera pas de réessayer.

 

Mlle: Sentez-vous que vous réalisez quelque chose d’extraordinaire?

M.-P.D.: Il nous arrive souvent de croire que nous donnons de notre temps sans que rien ne change, à l’échelle gouvernementale. Mais d’avoir recueillis toutes ces signatures et que la Ministre s’y intéresse, c’est motivant. Le Parti Québécois s’est aussi engagé à faire quelque chose, s’il est élu. Oui, en ce sens, cela est extraordinaire!

 

Nos petits anges au paradis, un site pour venir en aide aux parents qui vivent un deuil périnatal.

- Jeudi 3 Mai 2012 -

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