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Mlle tout le monde: Partir sur les traces de ses ancêtres!

À l’aube de la cinquantaine, la Française Valérie Radisson traverse l’Atlantique pour venir marcher sur les traces de son ancêtre, l’explorateur Pierre Esprit Radisson! Un périple identitaire qui la mènera dans le Nord du Québec, chez les Innus, mais également au cœur d’elle-même et de son identité. Récit.

Par Géraldine Zaccardelli

 

Mlle: Comment, et pourquoi, décide-t-on de partir sur les traces de son ancêtre?

Valérie Radisson: Depuis près de dix ans, j’explore mon histoire et celle de ma famille car je suis curieuse de savoir dans quel clan je suis tombée! Je me suis donc intéressée à la généalogie et ai découvert la psycho généalogie, c’est-à-dire la puissance de transmission que peuvent avoir les ancêtres sur leur descendance.

Mlle: C’est-à-dire?

V.R.: Tout ce qu’un être humain vit au niveau physique et psycho émotionnel reste ancré à l’intérieur de lui. Grâce à ses expériences, il se forge des croyances et une vision de la vie. Un bagage qu’il transmettra aux générations qui suivront.

En tant qu’individu, on append à distinguer, avec le temps, ce qui nous appartient personnellement de ce qui provient du bagage légué par nos aînés. Or, ces transmissions ne sont pas toujours faciles à porter. C’est ce qu’on pourrait appeler les secrets de famille.

À un certain moment, j’ai senti qu’il était nécessaire de plonger dans les profondeurs de ce matériau accumulé pendant tant années. J’ai alors remonté l’échelle du temps dans le but de connaître les histoires de ceux qui ont fait mon berceau. Je suis allée jusqu’à Pierre Esprit Radisson.

Mlle: Il est né en 1636. On parle de plus de douze générations avant vous. On peut dire que vous êtes revenue loin derrière!

V.R.: Oui, mais c’est en même temps intemporel. L’histoire de Radisson aurait pu se produire à la fois aujourd’hui et hier. Il est arrivé à un moment de l’Histoire où deux mondes se rencontraient: celui des Blancs et des Autochtones. Il a été l’un des premiers à établir des passerelles entre ces deux univers. Capturé par les Iroquois, il a appris leurs dialectes et traditions et s’y est intéressé. Cet aspect m’a d’ailleurs attirée: comment peut-on aller à la rencontre d’un monde aussi nouveau à une époque où on refusait tout ce qui était différent de soi? Je crois que ce lot de contradictions dont il a été victime, fait partie des choses qu’il a pu emporter avec lui et transmettre à sa descendance.

Très rapidement au cœur  de ma famille, j’ai rencontré une mémoire de rupture et de séparation. Mon histoire familiale est bancale et trouée. Il y a eu un abandon des valeurs familiales au profit de valeurs très occidentalisées et matérialistes.

Mlle: Vous revenez tout juste de votre quête. Quels ont été les moments forts?

V.R.: Le plus difficile a été quand je me suis rendu compte du lien qu’il pouvait y avoir entre ce qu’a vécu Pierre Esprit et ce que j’étais devenue au XXIème siècle. C’était très fort de constater ce qui reliait l’histoire de ma famille à son parcours.

Le moment où j’ai foulé pour la première fois le sol québécois fut très émouvant aussi. J’avais l’impression de glisser dans le regard de mon ancêtre et d’être dépositaire de tout un monde. Telle une exploratrice, j’étais à la découverte d’une nouvelle contrée et j’avais cette impression de porter le passé en moi.

Puis, il y a eu mon séjour chez les Innus. Je me suis sentie dans mon élément. J’ai été touchée par leur souffrance, par la perte de leur identité et par leurs destructions physique et psychologique mais par ailleurs, j’ai senti cette fibre qui est la leur, toujours vivante et qui aspire à s’émanciper.

Finalement, la nature dans son immensité m’a bouleversée. Elle représente un appel constant au refus de la vie moderne.

Mlle: Cette aventure a-t-elle répondu à vos attentes?

V.R.: En fait, je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. J’avais uniquement en tête mon rapport personnel avec cet homme. Pour moi, c’était comme de dire: «Viens Pierre Esprit! On va prendre un café et on va discuter!». J’avais envie de le rencontrer pour connaître sa première sensation d’explorateur. Et j’ai eu mes réponses intérieures.

Grâce à ce voyage, je me sens plus en paix face à lui. J’ai perdu mes a priori face à toute une génération de pionniers et d’explorateurs. Je comprends mieux l’époque et les confrontations auxquelles ils ont dû faire face. Des réponses sont à aller chercher dans chacune de nos histoires personnelles.

Mlle: Sentez-vous que vous avez réalisé quelque chose d’extraordinaire ?

V.R.: Ce fut un voyage intérieur extraordinaire. Cela n’a rien de spectaculaire extérieurement, mais j’ai l’impression d’avoir voyagé à travers le temps. J’ai levé le voile sur des malentendus qui ont pu ternir l’histoire familiale en récupérant des fragments de mémoire. C’est le point de départ pour une nouvelle aventure!

 

La chronique Mlle tout le monde est publiée chaque vendredi!

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- Mardi 3 Juillet 2012 -

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