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Mlle tout le monde: Rédac en chef pour l'Itinéraire
© Photos: Jérôme Savary (photo ci-haut) et Alex Paillon (photo ci-bas)
Trajet matinal: 8h25. Métro Berri. Les portes du wagon s’ouvrent sur un homme dormant sur un banc avec ses sacs. 8h27. Dans le brouhaha de la foule, une femme demande des pièces à la sortie de la station. 8h34, deux jeunes hommes emmitouflés dans leurs couvertures interpellent les passants à partir du porche d’où ils viennent de passer la nuit, en compagnie de leurs chiens…
Par Géraldine Zaccardelli
Ce scénario vous émeut-il? Vous étonne-t-il? L’itinérance est tellement importante à Montréal que très souvent on ne s’y attarde même plus. «Les gens sont pressés et très sollicités, ce n’est pas nécessairement de la méchanceté, mais le danger est justement de ne plus réagir à l’itinérance», explique Catherine Girouard, rédactrice en chef du magazine l’Itinéraire.
Portrait d’une jeune femme impliquée
Pendant tout son cursus scolaire, Catherine Girouard est impliquée dans son milieu. À son entrée à l’université, elle hésite entre ses deux passions: le culturel et le social. Elle opte pour le journalisme. Un moyen de réunir son amour de l’écriture à celui des enjeux sociaux. Une expérience de travail dans Limoilou à Québec, quartier défavorisé comparable à celui de Hochelaga, marquera à jamais sa destinée. «J’ai découvert la vraie pauvreté québécoise». En terminant ses études, elle postule pour un stage au journal Métro et part vivre à Montréal.
Mlle: Montréal ou le choc de la pauvreté…
C.G.: J’ai été frappée de voir à quel point la pauvreté était présente. À Québec, on ne voit pas de sans-abris! Je ne pouvais pas voir une personne couchée par terre dans le métro, au milieu de la foule indifférente et ne rien faire. Cela me brisait le cœur. Je m’arrêtais souvent pour donner un café, discuter ou simplement offrir un sourire.
Mlle: Du Métro à l’Itinéraire…
C.G.: Pendant trois ans, j’ai travaillé pour Métro. D’abord comme pupitreur à l’actualité, puis aux pages thématiques et finalement, à titre de responsable de cette section. C’est là que j’ai fait mes classes et que j’ai réellement pris contact avec le journalisme magazine. Sans le savoir, j’apprenais le métier que j’exercerais à l’Itinéraire…
Puis, sans être à la recherche d’un nouvel emploi, je me posais des questions. Chaque matin, je croisais une école de quartier, puis j’allais travailler au centre-ville. Il manquait une touche plus humaine à mon travail, mais j’aimais tellement écrire. J’étais déchirée!
Grâce à une newsletter, j’ai vu que le poste de rédactrice à l’Itinéraire s’ouvrait. En consultant l’offre, je me suis dit que cet emploi était taillé à ma mesure! Il combinait mes deux passions: faire du magazine et m’impliquer auprès des gens dans une cause qui me tenait à cœur! Cela fait un an et deux mois que j’y suis.
Mlle: Trouvez-vous cela difficile d’être confrontée à la réalité de l’itinérance au quotidien?
C.G.: On ne s’habitue jamais à la souffrance des gens. Avant, la réalité de l’itinérance me faisait mal au cœur, mais je ne connaissais pas personnellement ces gens. Aujourd’hui, je fréquente ces ex-toxicomanes ou ex-alcooliques, ces gens vivant avec des problèmes de santé mentale et ce n’est pas toujours jojo ce que l’on vient me raconter. Les matins où je suis plus fatiguée, c’est moins évident, mais en même temps, cela me fait tellement du bien de pouvoir leur venir en aide.
Mlle: En fait, vous êtes plus qu’une rédactrice en chef !
C.G.: En effet, je ne fais pas juste un magazine! Je suis là tout d’abord pour les gens. Au début, je stressais avec la production, mais j’ai appris que l’écoute est primordiale. Il faut être patient et attentif. Chaque jour je vis de beaux moments. Je me sens utile, mais j’ai souvent l’impression que ce sont les camelots que je côtoie qui m’aident bien plus !
Mlle: Quelles sont les pistes de solution pour améliorer la situation de l’itinérance à Montréal?
C.G.: Plus d’argent, un plan de lutte contre l’itinérance, une volonté gouvernementale réelle de combattre la pauvreté, mais avant tout, comprendre et briser les préjugés à l’égard de l’itinérance et des camelots.
Derrière chaque individu, il y a une histoire et personne n’est à l’abri de l’itinérance ! Je pourrais aussi bien m’y retrouver dans la rue si je perdais mon job, mon chum et que je faisais une dépression… On tombe graduellement dans la rue, il ne faut pas l’oublier…
Finalement, la majorité des camelots de l’Itinéraire ne sont plus en situation d’itinérance. Ce sont des travailleurs autonomes qui achètent le magazine 1,50$ et qui le revendent 3$ pour gagner leur vie.
Mlle: Sentez-vous que vous réalisez quelque chose d’extraordinaire?
C.G.: Je pense que je suis quelqu’un de sensible aux autres. J’aime le contact avec l’être humain, en prendre soin et sentir que j’ai aidé. Si je peux aider des gens à passer une meilleure journée, oui, c’est extraordinaire.
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