Mlle tout le monde: Un combat pour être parents
Pendant 10 ans, Judith Dahan et son mari Oren se battent pour avoir des enfants. À l’âge de 25 ans, ils se marient et sans être particulièrement pressés de devenir maman et papa réalisent deux ans plus tard, que le ventre de celle-ci tarde à s’arrondir. À titre préventif, ils s’informent et passent des tests pour s’assurer que tout est sous contrôle. Le diagnostic d’infertilité inexpliquée tombe.
S’entame alors un dur et long combat. Une bataille de vie menée avec persévérance et espoir. Aujourd’hui, Judith Dahan est à quelques jours d’accoucher de son troisième enfant.
Portait d’une histoire extraordinaire.
Par Géraldine Zaccardelli
Mlle: Comment vous êtes-vous sentis lorsque le diagnostic est tombé?
Judith Dahan: Pour mon mari, il n’y avait pas pire nouvelle. Ignorant la source du problème, on ne pouvait le solutionner. Nous étions dans l’impasse.
De mon côté, j’écoutais les conseils de mon entourage et je me disais qu’il fallait peut-être, en effet, se détendre davantage, voyager, etc. Mais honnêtement, je ne nous trouvais pas si stressés que cela. Très frustrant comme situation !
Plus le temps passait, plus c’était difficile. À chaque mois, c’était un coup de poignard de réaliser que nous n’avions toujours pas d’enfants et que nos projets de vie ne se concrétisaient pas. On nous a donc conseillé l’insémination artificielle.
Mlle: Comment cela s’est passé?
J.D.: Nous avons fait deux séances sans médicaments, en suivant le cycle naturel. Cela n’a rien donné. On m’a donc suggéré de prendre des hormones pour donner un coup d’envoi au corps.
Cela a été un premier débat avec mon mari, infirmier. Les opinions sont partagées et controversées sur la prise d’hormones et cela l’inquiétait. Moi, je voulais tout essayer. Par contre, il m’était encore plus important que nous soyons d’accord, et ce, à chaque étape. Je voulais que nous soyons ensemble.
Cela a pris du temps pour le convaincre, mais j’ai réussi! À deux reprises, j’ai pris des hormones, mais cela n’a pas fonctionné.
Mlle: C’est à ce moment que vous avez envisagé la fécondation in vitro?
J.D.: Cela faisait déjà cinq ans que nous luttions et les nouveaux tests passés n’indiquaient aucun changement. La fécondation in vitro était donc recommandée.
Mais mon mari s’inquiétait pour ma santé. Le processus est complexe et douloureux. Il nécessite toute une préparation physique, des injections et la prise de médicaments, des échographies, etc. Malgré tout, nous avons décidé d’aller de l’avant. Un ami nous a référé à un médecin et nous avons changé d’hôpital.
Et, ô miracle, cela a fonctionné! Pendant huit semaines j’ai été enceinte, mais je l’ai perdu. Ce fut une immense déception. Les médecins, eux, au contraire, étaient confiants. J’étais découragée et je ne savais pas si j’étais prête à retenter l’expérience. J’avais l’impression que cet échec était ma responsabilité. Heureusement, aujourd’hui, je sais que ce n’était pas ma faute. Il s’agissait de facteurs extérieurs incontrôlables.
Mlle: Beaucoup de femmes doivent se sentir ainsi responsables.
J.D.: Oui, sûrement et il ne le faut pas. À 33 ans, je suis tombée enceinte sans aucune aide artificielle. J’ai dit à mon mari, «On l’a eu tout seuls!» Je me disais que c’était peut-être cela qu’il nous fallait pour démarrer.
Et à huit semaines, je l’ai à nouveau perdu. C’était une catastrophe. Un second échec! J’étais tellement triste et mon mari, terriblement inquiet pour moi.
Mlle: C’est à ce moment que vous avez envisagé l’adoption?
J.D.: On a décidé de fréquenter les deux avenues. Se renseigner sur l’adoption, mais recommencer le processus du in vitro. J’ai encore changé de médecin. Celui-ci nous a conseillé de faire trois essais, à la suite. On sentait qu’il faisait presque partie de notre couple. Il disait: «Si ça ne fonctionne pas, on recommence!»
Par contre, en recommençant, une nouvelle politique sociale avait été mise de l’avant. Pour toute séance du in vitro, il fallait faire une heure de thérapie de couple. Nous étions furieux! De quel droit allions-nous être évalués pour savoir si nous étions prêts? Cela se dessinait comme un nouvel obstacle.
Finalement, cette séance a été bénéfique. On a pu exprimer tout ce que nous avions sur le cœur, depuis des années! Cela a fait tellement de bien! Cela nous a permis de mieux nous comprendre et de saisir nos différences.
Mlle: Vous avez donc fait le premier in vitro ?
J.D.: Oui et absolument rien ne s’est produit. J’étais désespérée. Puis, on n’a pas attendu et on a refait la deuxième. Finalement, à la troisième, alors que j’avais presque 35 ans, je suis tombée enceinte de mon fils Eli. Mon mari dit qu’il avait vu que c’était le plus bel embryon et que c’était lui! En réalité, j’étais enceinte de deux enfants et j’en ai perdu un. Éli est resté accroché et tout s’est bien déroulé!
Mlle: Vos deux autres enfants ont-ils été conçus par voie naturelle?
J.D.: Quand Éli a eu quatre mois, j’ai voulu refaire mon calendrier et réserver le temps du in vitro. On avait tout planifié et … je suis devenue enceinte naturellement, quatre mois plus tard!
C’était surréaliste! Nous avions un enfant sans même y avoir pensé! Je me suis donc retrouvée avec deux bébés! Tout le monde autour de nous était tellement heureux!
Mlle: Et le troisième ?
J.D.: Après mes deux congés de maternité, j’étais excitée de reprendre le travail! J’Étais comblée : mon mari, mes enfants et mon emploi. Mais je suis redevenue enceinte!
Mlle: En y repensant, y a-t-il eu un moment où vous avez voulu renoncer?
J.D.: Jamais. J’ai toujours su que j’aurais des enfants et je n’ai jamais perdu espoir. J’ai toujours voulu entendre «Maman! Maman, je t’aime»
J’ai perdu ma mère quand j’avais 13 ans. Je l’ai connue assez, pour savoir que c’était une femme incroyable. Je crois qu’elle a été mon inspiration. Je voulais transmettre à mes enfants ce qu’elle m’avait donné.
À la seconde où j’ai eu mon fils, les dix dernières années se sont envolées. Dire combien cela valait la peine! Je recommencerais tout, même en ignorant le résultat final !
Mlle: Sentez-vous que vous avez réalisé quelque chose d’extraordinaire?
J.D.: Avec l’aide de médecins extraordinaires, oui et celle de Dieu. Mon mari et moi vivons quelque chose d’extraordinaire. De réaliser où nous en sommes, cela nous éblouit. J’espère que mon histoire donnera la force à toutes les femmes et hommes de continuer leur combat !
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