Mlle tout le monde: Une femme au secours d'Haïti
Deux ans se sont écoulés depuis le séisme en Haïti. Une catastrophe naturelle qui a dévasté un pays déjà très pauvre, coûté la vie à plus de 200 000 personnes et laissé plus d’un million d’individus sans abri. Bien que la reconstruction s’opère tranquillement, 520 000 Haïtiens vivent encore dans des tentes, à l’intérieur de centaines de camps de fortune. L’aide humanitaire de première urgence a permis de sauver plusieurs vies, mais qu’en est-il aujourd’hui?
Entrevue avec Justine Lesage, agente de communication chez Oxfam-Québec.
Par Géraldine Zaccardelli
Mlle: Vous êtes allée en Haïti il y a deux ans, trois semaines après le séisme. Quels sont vos souvenirs les plus marquants?
Justine Lesage: J’étais dans un des premiers avions à faire la liaison directe à partir de Montréal. Très peu de passagers étaient à bord, car l’appareil était chargé de matériel médical et, au retour, devait rapatrier des orphelins.
Au moment de l’atterrissage, le tableau a commencé à se dessiner: des milliers de tentes à perte de vue. Des abris temporaires s’élevaient partout. Le trajet entre l’aéroport et mon lieu de travail fut très bouleversant. Je réalisais l’ampleur du désastre: des gens errant dans la rue et de la poussière partout. Mais le plus grand choc fut de constater l’horrible destruction tout autour du Palais présidentiel.
Dorénavant, pour la nation haïtienne, il y a un avant, et un après 12 janvier.
Mlle: Un rapport sur la «reconstruction au ralenti en Haïti» vient d’être publié par Oxfam. Vous êtes retournée au pays en décembre dernier. Quel est l’état des lieux?
J.L.: Il y a deux ans, il y avait évidemment un traumatisme énorme. La population ne parlait que des pertes et le discours général s’avérait très défaitiste. Aujourd’hui, l’espoir renaît. J’ai rencontré 14 femmes à l’intérieur d’un de nos projets de redémarrage de petites entreprises et elles entrevoyaient les résultats de leurs projets d’ici cinq ou dix ans. Je me suis dit, c’est reparti!
On a beaucoup entendu parler, dans les médias, que peu de choses avaient bougé, depuis deux ans. Pourtant, les évaluations des organismes présents en Haïti estiment que la moitié des débris ont été évacués, soit, environ 5 millions de mètres cube. C’est énorme pour un pays avec si peu de moyens et dans une ville aussi difficilement accessible que Port-au-Prince. On peut oublier la machinerie lourde! C’est donc à coup de pics, de pelles et de brouettes que les gens ont réalisé ce travail titanesque! Partout dans la ville les gens se promènent munis d’outils et des sacs de béton traînent ci et là. On voit que ça bouge.
Un travail colossal d’accès à l’eau potable (citernes avec robinets) et d’assainissement (toilettes, latrines, douches, etc.) a été réalisé par Oxfam. Mais ce ne sont que des solutions d’urgence très coûteuses.
Dans une optique à long terme, l’objectif est d’élargir les systèmes d’irrigation dans les communautés agricoles les plus éloignées. Pour cela, nous devons travailler auprès des instances gouvernementales. Il faut faire comprendre l’importance de ces installations et faire changer les lois en vigueur. En ce qui concerne la capitale, il s’agit d’une responsabilité commune du gouvernement haïtien et de la communauté internationale. Tout un plan de restructuration doit être mis en œuvre.
Mlle: Les élections de l’an dernier (Martelly élu), ont-elles amélioré les choses?
J.L.: Au niveau local, la collaboration est excellente entre les O.N.G. et les mairies. Par contre, au niveau national, tout a été retardé car même si Martelly avait été élu, le gouvernement n’a été formé qu’en septembre dernier. Jusque là, seulement 47% des promesses de la communauté internationale avaient été versées. Selon le site du rapporteur des Nations Unies nous en serions aujourd’hui à 53%. C’est là le signe que cela débloque.
Sur le terrain, il y a aussi des éléments encourageants, mais il faut un plan gouvernemental précis pour la relocalisation des 520 000 personnes vivant toujours sous les tentes.
En terme d’éducation, le plan de Martelly est très ambitieux. Un retour à l’école s’opère et la gratuité scolaire est mise de l’avant. Nous sommes dans la bonne direction!
Mlle : Sentez-vous que vous réalisez quelque chose d’extraordinaire?
J.L.: Oui! L’espoir perçu dans les yeux des gens avec qui l’on travaille nous procure une incroyable motivation. Sans cela, ce ne serait pas possible!
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Justine Lesage était en entrevue à Salut bonjour cette semaine : Cliquez pour la vidéo!










